Archives & Dossiers du Poitou-Charentes

Le sang des gendarmes à coulé (St-Amant sur sèvres 1906)

 

Aujourd’hui nous poursuivons le récit des inventaires, imposés en 1906 par la loi de séparation des églises et de l’état. Ces inventaires étaient vécus comme des profanations.

« Dans la célèbre commune de Courlay, qui fournissait les grenadiers de Lescure, les habitants m’ont déclaré que, pendant la Terreur, leur église n’ayant pas été profanée par les bandes révolutionnaires, ils se faisaient fort de la défendre victorieusement sans avoir besoin de barricades.

Etant donné cet état d’esprit général, les pires malheurs sont à craindre si le gouvernement persiste à froisser les consciences de ces populations si chrétiennes qui, pour défendre leurs autels sont prêtes à tous les sacrifices ! »

C’est le député de l’arrondissement de Bressuire, M. Savaryde Beauregard, qui met ainsi le gouvernement en garde, dans les colonnes de « la libre parole ». Car dans le Bocage, les inventaires des églises suscitent un vent de révolte. Le 15 février 1906, les gendarmes ont défoncé la porte de l’église des Aubiers à coups de bélier :

« Les fidèles bouleversés par cet entrée subite, menacent de se jeter sur l’intrus (M. Robinet, lieutenant de gendarmerie à Parthenay) et les membres du clergé présents ont toutes les peines à modérer leurs ardeurs », raconte un chroniqueur catholique.

A Terves, il faut l’intervention de cent gendarmes et 150 soldats du 77e R.I de Cholet pour imposer l’inventaire le 1er mars. Dans cette commune, trois semaines avant, l’agent des domaines avait été repoussé par la population et il s’était enfui sous les huées et les cris de « Vive la liberté et à bas les juifs ! » Ce même M. Ameteau a failli être lynché le 13 février quand il a voulu procéder à l’inventaire à Rorthais.

Les filles du sous préfet.

Le 2 mars, la mobilisation est forte à Saint Amand sur Sèvres où les fidèles réussissent dans un premier temps à repousser les hussards. Puis les gendarmes chargent sabre au clair ! Quand ils attaquent enfin la porte de l’église, une pluie de pierres tombe du clocher. Trois gendarmes sont grièvement blessés à la tête et le sous préfet a bien failli lui aussi être assommé par deux pierres. Mais le représentant de l’état doit aussi subir un autre outrage. La population lui crie « Georgette ! Zizine ! Pourquoi ? Un auteur anonyme raconte :

« Le sous préfet est alors blême de honte et furieux. Il sait bien que cela s’adresse à lui car, à Bressuire, paraît-il, il court toutes les filles et il est probable que Georgette et Zizine sont ses deux grandes amies… »

Alors il s’attaque à la porte de la sacristie, un autre gendarme reçoit un coup de barre de fer dans la poitrine, qui le renverse net. Il est à l’agonie. Parmi les « soldats du Christ » , quatre ont été fait prisonniers. La nuit tombe sur Saint Amand et la tension est à son comble. Le curé cherche à calmer ses troupes, demandant d’ouvrir les portes, mais c’est inutile, les catholiques sont prêts à aller jusqu’à la mort s’il le faut.

Finalement, Mme de Villeneuve, après de longues négociations, promet de faire cesser la résistance si le préfet s’engage à libérer les quatre prisonniers et à n’arrêter aucun des manifestants dans l’église. La troupe était arrivée en tout début d’après midi et c’est seulement tard vers minuit que les portes de l’église s’ouvrent enfin.

                                                                                                                                         Agir

 

La source principale de ce récit est un petit opuscule, « Scènes d’inventaire dans les  cantons de Châtillon, Cerizay et Bressuire. » écrit par M. X, édité  en 1906 par la maison de la bonne presse de Saint Maixent.

 

Article relevé dans la Nouvelle République du 5 avril 1999.



06/09/2012
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